Baby clash : je t'aime mais je ne te supporte plus

Mis à jour : mai 5

En couple depuis plusieurs années dans une relation saine et équilibrée, nous n'avons pourtant pas échapper au fameux baby clash à l'arrivée de notre premier enfant.


Le baby clash se définit par une période de tensions dans le couple à l'arrivée d'un enfant. La durée est variable d'une couple à l'autre.

Pour nous ça a duré un an. Une année de conflits quasi permanents pour des raisons aussi futiles qu'une assiette pas débarrassée ou un oubli dans les courses. Une année pour trouver notre nouvel équilibre en tant que couple avec un enfant.


On ne connaît jamais à l'avance la manière dont on réagira à la parentalité. Pourtant, à l’instant où j’ai su que j’étais enceinte, j’ai commencé à me préparer mentalement à ce qui allait changer. Je ne savais pas vraiment ce qui m’attendait mais j’avais l’intuition que rien ne serait plus vraiment pareil.

J’ai d’abord commencé par me préparer aux changements physiques : les vergetures, la peau moins ferme, des hanches plus volumineuses etc. Un corps qui a porté la vie est forcément différent même si le sport et une bonne hygiène de vie peuvent aider à retrouver son « corps d’avant » plus rapidement.

Puis les changements au niveau de ma vie sociale, plus de sorties entre copines aussi souvent et spontanément. De plus, j’étais la première de mon cercle proche à devenir mère.

Ce que je n’avais pas anticipé, ce sont les changements au niveau de mon couple... Malgré tout le bonheur que nous apportait ce petit être, nous n’étions pas préparer en tant que couple à la parentalité et tout ce que cela implique

Si ma relation avec bébé a été idyllique dès le début, avec le papa ça a vite été une autre histoire. Pourtant, tous les signaux étaient au vert : bébé désiré, grossesse pas forcément évidente mais un soutien inconditionnel et l'apothéose avec une naissance magique.

Les premiers jours nous étions sur un petit nuage : "Tu te rends compte, c'est notre bébé, c'est nous qui l'avons fait, il est parfait". Sa présence nous comblait d’un bonheur immense et pourtant...


Après son congé paternité de 11 jours dont nous avons pleinement profité, mon conjoint a repris le chemin du travail et du jour au lendemain, je me suis retrouvée seule à la maison.

À partir de ce moment là, les choses ont commencé à se corser. Nous n'étions plus du tout sur la même longueur d'ondes et la fatigue mutuelle n'aidait pas. Lui avec des journées d'une dizaine d'heures rentrait du travail épuisé.

Moi qui n'avait plus de rythme si ce n'est du 24H sur 24, j'étais exténuée. Je restais toute la journée puis toute la nuit avec bébé du lundi au dimanche à le porter, l'allaiter à la demande, à essayer d'anticiper et de combler ses besoins. Et oui la maternité est un travail à temps plein sans pause ni week-ends. Pensez-y la prochaine que vous voudrez dire à une mère au foyer qu'elle a de la chance d'être tranquille à la maison. Même si c'est un choix, on a le droit de dire que c'est difficile.

À côté de ça, je m'occupais aussi du foyer : le ménage, les courses, la lessive, les repas, la paperasse. On ne se rend pas compte tant qu'on ne l'a pas vécu de la charge de travail que cela représente. Surtout après avoir vécu la grossesse donc la fabrication d'un petit être humain puis l'accouchement ou l'équivalent d'un marathon sans entrainement (ce n'est pas moi qui le dis cela a été prouvé).

Tout ce dont on a besoin après ces épreuves, c'est de repos sauf que c'est loin d'être le cas. Le post-partum a été pour moi l'une des étapes les plus éprouvantes de ce parcours de maternité. Les hormones en vrac et à fleur de peau, il faut composer avec le rythme de bébé. Tout est nouveau et on veut bien faire, donner le meilleur pour notre enfant.


Pour moi, à cet instant, tout le reste passait au second plan y compris mon conjoint. J'épuisais tout mon stock d'empathie et de patience pour bébé alors je n'avais plus d'énergie pour communiquer correctement avec mon conjoint.

De nature exigeante, j'étais devenue intransigeante et ne supportait plus la moindre contrariété. Je n'avais plus aucun tact alors la moindre remarque sortant de ma bouche sonnait comme un reproche. Le ménage, futile aux yeux de mon partenaire était devenu pour moi central. Je passais tout mon temps à la maison donc j'avais besoin d'avoir un intérieur propre et rangé.

Je n'avais plus l'envie ni la force d'avoir des petites attentions contrairement à mon conjoint. Et c'est sûrement l'aspect qu'il a le plus mal vécu et qui a été à la source de beaucoup de frustrations de part et d'autre. Ça me fait penser à la fameuse phrase : "Tu es mère mais n'oublie pas ton rôle de femme". Je trouve cette injonction insupportable. Qu'est-ce que ça veut dire être femme ? Et puis je ne suis pas comédienne, je ne joue pas de rôles. Être femme et être mère sont des briques qui constituent mon identité. Cette identité est évolutive.

Être mère était tout nouveau pour moi, je voulais me laisser le temps de découvrir et d'expérimenter au lieu de me mettre la pression pour "tenir mon rôle de femme".

J'étais trop fatiguée pour expliquer ce que je ressentais d'ailleurs cela me dépassait un peu. Tellement de sentiments se bousculaient dans ma tête que j'avais du mal à verbaliser.

Avant c'était nous et puis c'est devenu lui et lui uniquement. J'avais besoin d'être en fusion avec mon bébé tout le temps et ça personne ne semblait le comprendre.

Ce que je ne savais pas, c'est que ça ne durerait pas. Que ce n'était qu'une étape. Que j'allais finir par sortir doucement du cocon que j'avais tissé pendant 9 mois.

J'entends souvent l'expression de tsunami d'amour pour parler de la relation qui se tisse à l'arrivée de bébé et c'est exactement ce qui m'est arrivée. Je ne savais pas qu'il était possible d'aimer autant et sans que je m'en rende compte cela a eu un impact sur la relation avec mon conjoint.

À chaque dispute, j'avais l'impression qu'on était au bord de la rupture et le pire c'est que cela m'importait peu puisque tout ce qui comptait à ce moment là c'était ma relation avec mon bébé. Les premiers mois, je n'avais aucune envie d'être séparée de lui même pour quelques heures. J'entretenais une relation exclusive avec mon bébé dont inconsciemment j'excluais le père. Il en a beaucoup souffert mais je ne le voyais pas.

Un soir après une énième dispute, on a réussi à crever l'abcès et à mettre les mots sur les maux qui nous rongeaient. Tout ne s'est pas arrangé d'un coup à la suite de cette discussion mais nous repartions sur des bases saines.


Aujourd'hui, nous sommes un couple soudés et plus amoureux que jamais. Si bien que nous avons décidé d'agrandir la famille. Ce qui a fait la force de notre couple, c'est notre capacité à nous remettre en question individuellement, à se mettre à la place de l'autre et à faire preuve d'une extrême patience. Au final, je garde un souvenir merveilleux de mon post-partum : celui de la rencontre avec notre amour inconditionnel. Déjà parce que notre cerveau a l'incroyable capacité d'effacer de notre mémoire les moments douloureux mais aussi parce que je me suis autorisée à parler de mes difficultés. La maternité n'est pas une compétition.

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