Quitter sa profession pour devenir mère au foyer

Mis à jour : avr. 26

Je m'appelle J. j'ai 29 ans je suis l'heureuse maman de 2 petits bouts âgés de 2 ans et 1 mois que j'aime de tout mon coeur. Je ne m'attendais pas à être autant bouleversée par la maternité, à revoir entièrement mes priorités et à choisir de devenir mère au foyer.


Issue d'un milieu modeste, je suis la troisième d'une famille de quatre enfants. Ma mère qui exerce le métier de femme de ménage est seule pour nous élever et subvenir à nos besoins.

Je fais une partie de ma scolarité dans des établissements classés ZEP (Zones d'Éducation Prioritaire). Très tôt, je sais que je veux faire de longues études pour exercer un métier bien payé qui me plaît.

Douée pour l'école, je n'ai aucun soucis à passer les différents niveaux. Après l'obtention d'un baccalauréat général ES (Économique et Sociale), je poursuis avec une licence en communication à l'université puis un Master en Marketing dans une école de commerce.

De nature engagée, une fois mes diplômes en poche, j'oriente mes recherches professionnelles vers des structures à vocation solidaire. Et après plusieurs mois, je tombe sur le poste de mes rêves. La structure est en création, mon poste évolue rapidement et je m'entends à merveille avec mon équipe. Tout cela me demande énormément d'investissement personnel mais cela ne me dérange pas puisque cela correspond à ma vision du travail.


Ma grossesse survient après un peu moins de deux ans au sein de cette boîte, nous sommes en avril 2016. Les premières nausées apparaissent très tôt, je réalise alors une prise de sang qui vient confirmer le verdict. Ce n'est pas planifié mais ce n'est pas une surprise étant donné que je n'utilise plus de moyens de contraception.

Dans un premier temps, je me pose énormément de questions. Je suis épanouie, j'ai de grandes ambitions professionnelles et j'ai la sensation que ce n'est pas le bon moment pour m'arrêter. Il y aussi la culpabilité "d'abandonner" mon équipe alors que nous sommes à un tournant de notre croissance. Et puis, je suis bien renseignée sur les inégalités femmes - hommes et je sais qu'à l'arrivée d'un bébé elles ont tendance à s'accroitre. Je suis tiraillée entre mon envie de devenir mère et le fait de devoir "sacrifier" ma carrière et ma vie d'avant...

D'un autre côté, j'envisage difficilement l'avortement. Je suis en couple depuis plusieurs années avec la personne que je sais être le père de mes futurs enfants et je n'ai pas de craintes particulières à l'idée de devenir mère.

L'échographie de datation met un terme à tous mes doutes. Entendre, son petit coeur battre me procure un sentiment d'amour inimaginable. Je sais désormais que je désire cet enfant de toutes mes tripes et surtout que je souhaite être présente avec lui à 100% pendant au moins sa première année de vie. Attention, cela ne veut pas dire que les mères qui choisissent de reprendre le travail avant par choix ou par nécessité sont moins aimantes, il s'agit uniquement de ma vision. Sachant qu'en France, le congé maternité est de 10 semaines après l'accouchement et le congé parental de 6 mois, je comprends que je ne reprendrai sûrement pas mon ancien poste. Il s'agit d'une jeune et petite structure où je suis employée en CDD et mon rythme actuel ne me semble pas compatible avec une vie de famille telle que je l'entends.


À l'arrivée de bébé, une fois de plus mon coeur est envahi d'amour. J'ai la certitude d'être là où je dois être. Papa travaille, donc je me retrouve la plupart du temps seule avec mon petit bout. Je ne vais pas mentir, c'est un énorme choc et la transition est loin d'être aisée car nous sommes de manière générale très peu informées sur le post-partum. Autant, la grossesse est ponctuée de rendez-vous médicaux réguliers autant après l'arrivée de bébé, c'est la grande inconnue.

D'abord, il y a la fatigue extrême qui ne me quitte presque jamais mais pour ne rien arranger, j'ai le syndrome de la "wonder woman". Je veux me prouver et montrer que je peux tout gérer de front. Je reçois régulièrement du monde à la maison, je m'efforce d'avoir un intérieur relativement bien rangé, de faire à manger, de continuer à être active socialement. Tout ça au détriment de mon temps de repos. Ma charge mentale augmente et je découvre la charge maternelle.


Avec bébé ce n'est pas de tout repos non plus. Les premiers mois, les jours et les nuits sont complètement chamboulés. L'allaitement exclusif au sein me demande énormément d'énergie. Et pour ne rien aider, mon hygiène de vie n'est optimale : je grignote toute la journée, saute souvent le repas du midi, bouge peu et dors encore moins.

Petit à petit, j'apprends à connaître ce nouvel être totalement dépendant de moi pour répondre au mieux à ses besoins. Sensibilisée à l'éducation respectueuse de l'enfant / éducation bienveillante / parentalité positive ou peu importe comment vous l'appelez, je fais preuve d'une patience extrême avec bébé. Par contre, avec mon conjoint, c'est une autre histoire.

Avec le recul, je me rends compte que le poids de ces injonctions à une meilleure parentalité pèse particulièrement sur les mères et fragilise leur santé psychique.

Ce nouveau rôle de mère me rend profondément heureuse et je me sens en fusion avec bébé mais paradoxalement, j'ai l'impression d'être "bloquée" à la maison. Adieu les sorties de dernières minutes avec les copines, adieu même parfois les sorties planifiées si bébé est malade ou que la fatigue est trop forte. Je le ressens d'abord comme une injustice vis à vis du papa qui continue à mes yeux d'avoir exactement la même vie sociale : aller travailler, se rendre au sport etc.

Et puis il faut dire que les clichés ont la vie dure et le statut de mère au foyer est souvent résumé à : rester tranquillement à la maison tout en percevant "des aides" financières au lieu d'aller travailler.

Il y a aussi le côté financier. Heureusement, j'ai cotisé assez d'années pour percevoir des indemnités Pôle Emploi pendant au moins 2 ans mais cela représente quand même une baisse de revenus malgré les charges qui augmentent à l'arrivée d'un enfant. Sans pour autant rouler sur l'or mon conjoint assure le gros des dépenses mais pour moi c'est un coup dur de ne plus être totalement indépendante financièrement. Vivre avec un seul salaire complet demande de faire des choix.


Pour éviter de sombrer dans l'isolement, la déprime, l'aigreur, je mets un un point d'honneur à maintenir une vie sociale en dehors de mon fils. J'ai la chance d'être bien entourée et en couple donc je continue à voir mes amies régulièrement qui n'hésitent pas à se déplacer si besoin.

Et puis, le mot va paraître fort mais je fais définitivement le deuil de ma vie comme je l'ai connue jusqu'à maintenant pour embrasser ma vie actuelle. Les 9 mois que dure la grossesse sont bien utiles pour se préparer à tous ces bouleversements mais passer de la théorie à la pratique est différent Je décide d'assumer pleinement mes choix. Assumer et clamer que je suis une femme indépendante, intelligente et ambitieuse qui s'épanouit en restant à la maison avec son bébé et que ça n'a rien de contradictoire. Assumer et affirmer que je n'exerce plus un travail rémunéré mais que le travail que je fais au quotidien en élevant mon enfant n'a pas moins de valeur.

Au moment où j'écris, je n'ai toujours pas repris le travail. Comme vous pouvez le lire en introduction, j'ai maintenant 2 enfants. J'ai beaucoup hésité avant de me lancer à nouveau dans la maternité. Premièrement parce que c'est loin d'être une aventure facile mais aussi par crainte de complètement tuer ma carrière. À ce jour, je cumule tout de même 2 années d'inactivité professionnelle qui s'apprêtent à se prolonger en 3 voire 4 années puisque je souhaite également m'occuper à temps plein de mon deuxième.


Je ne sais pas ce que me réserve l'avenir mais j'ai pleinement confiance en mes capacités. Merci la maternité de m'avoir tant appris. Je compte bien reprendre une activité rémunérée un jour et sûrement plus tôt que prévu mais en attendant, je profite de mes enfants. Parallèlement, je reste connectée en m'informant sur l'actualité de mon secteur et en participant à des évènements professionnels. J'ai également lancé un projet qui me tenait à coeur depuis un moment : Mama Lova. Mais ça, c'est une autre histoire...

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