J'ai avorté adolescente pour ne pas décevoir ma famille

Fin Février 2018. Je fais connaissance avec Bryan par l’intermédiaire d’un ami en commun. On s’entend tout de suite très bien et on garde le contact. On se parle, s’appelle et se voit très souvent. C’est assez simple car nous habitons dans la même ville. Un jour, il décide de m’inviter chez lui pour la première fois. C’est là que nous avons nos premiers rapports non protégés car je prenais déjà la pilule et nous avons chacun fait des dépistages. Nous continuons cette relation pendant un bon moment sans jamais décider de nous mettre ensemble, mais ça ne nous dérange pas.

Fin Avril 2018, nous encore avons un rapport. Je rentre mais ne pense pas à prendre à pilule. Lorsque je m’en rends compte, je pense que je dois avoir au moins 3h de retard mais je décide quand même de la prendre, accompagnée d’une pilule du lendemain.


Les semaines passent, je continue à voir Bryan. Je ne vois pas mes règles mais je ne panique pas car je ne suis pas une personne régulière. J’allais toujours à l’école, j’étais en 1ère et j’avais 16 ans. J’étais en période de CCF (Contrôle en Cours de Formation) pour obtenir mon BEP. Tout allait bien mais j’étais anormalement fatiguée, mes professeurs le remarquaient et me demandaient si tout allait bien. Je disais que oui et que j’étais simplement fatiguée par le rythme actuel.

Fin Mai 2018, je commence mon stage dans des bureaux. Je travaille très rapidement et méticuleusement et m’entend très bien avec mes collègues. Après 2 semaines en entreprise, je commence à avoir des difficultés à me lever le matin et donc arriver en retard au stage. Je travaille toujours aussi sérieusement mais je m’endors très souvent sur mon bureau après avoir fini mon travail. Je ne comprends pas pourquoi mais je ne me pose pas plus de question. Mes collègues me demandent si tout va bien, si je mange et dors suffisamment. Je leur dis que oui, mais que je suis très fatiguée. Le chef de service, me convoque et me pose les mêmes questions que mes collègues. Il me dit qu’il a appelé mes professeurs car il s’inquiète de mon niveau de fatigue. Je lui dis que tout va bien et que je ferai des efforts pour rester éveillée.


Je rentre de mon stage, m’apprête à prendre une douche et me regarde dans le miroir. Je trouve mon ventre plus arrondi et aperçois une ligne marron sur mon bas ventre. Je commence à me demander s’il est possible que je sois enceinte. Je refuse d’y croire car lors de mon retard sur ma prise de pilule, j’ai fait le nécessaire et je n’ai plus pris de retard par la suite. Le lendemain, je décide donc d’acheter un test. La pharmacienne me dit de le faire le matin pour plus de fiabilité. Le lendemain matin, je me réveille et fait le test : le résultat est positif. Je panique et appelle une amie. Elle est contente pour moi et me demande ce que je veux faire. Je lui dis que je veux le garder mais je que je dois m’en débarrasser car je ne veux pas de problèmes avec ma famille et que je n’ai pas de travail pour m’en occuper.


Cette amie me répond que si jamais je veux le garder elle serait là mais qu’elle n’est pas d’accord avec l’avortement mais ne me juge pas. Après ça, je prends rendez-vous avec un planning familial, pour un test sanguin. La gynécologue me dit qu’elle me redonnera rendez-vous pour les résultats. Très vite, on se revoit et elle me dit que le test est bien positif mais que la grossesse est récente. Elle me demande si je veux le garder, je lui dis que non, pour les mêmes raisons que j’ai données à mon amie. Elle me demande depuis quand je n’ai pas mes règles, je lui réponds que c’est en mi-avril que j’ai eu mes règles pour la dernière fois puis j’ai eu mon retard de pilule quelques jours après. Nous sommes début Juin, elle me dit que je suis à 7 semaines d’aménorrhée. Elle me parle des deux types d’IVG : médicamenteuse et par aspiration. Je choisi l’IVG par aspiration pour ne rien ressentir. Elle me dit donc qu’ils ne font pas ce type d’IVG au planning et qu’il faut que je me rende à l’hôpital de la ville d’à côté. Entre temps, j’appelle Bryan pour lui annoncer. Il me demande si je suis sûr de vouloir avorter, je lui dis que oui. Il me dit alors qu’il m’accompagnera dans les démarches. J’appelle ensuite l’amie à qui j’avais annoncé la nouvelle et lui dis que je vais prendre rendez-vous pour l’IVG. Elle réagit très mal et nous nous disputons. Je savais qu’elle voulait des enfants tôt mais ce n’était pas mon cas donc je n’ai pas compris pourquoi ma décision l’a autant impactée. Elle me dit des choses horribles, ce qui met automatiquement fin à notre relation amicale.


Je prends rendez-vous avec l’hôpital et leur explique ma situation. Ils me font faire des échographies, rencontrer une psychologue, me demandent si je veux vraiment avorter. Je leur dis que non mais je suis obligée car j’ai très peur de décevoir ma famille et d’être rejetée, je leur dis aussi que je n’ai pas de travail et que cela ne va pas m’aider. Elles insistent pour que j’essaye d’en parler à ma famille. Je dis que je ne le ferai pas. Elles me demandent de venir accompagnée d’une personne majeure lors de l’IVG, je leur dis que je viendrais avec Bryan car il a déjà 18 ans. La gynécologue me fait donc une ordonnance pour récupérer un médicament qui va stopper la grossesse et ouvrir mon col pour l’aspiration. Je prends ce médicament 2 jours avant l’IVG prévue pour le 4 juillet 2018.


Le jour J, j’ai rendez-vous à 11 heures. J’arrive avec Bryan, signe des papiers puis on m’attribue une chambre. On me demande de faire une douche à la Bétadine puis de mettre une robe de chambre et d’attendre qu’on vienne me chercher pour l’IVG. Il y avait beaucoup d’urgences ce jour-là donc je suis passée au bloc à 17 heures. J’ai pleuré de panique car Bryan n’avait pas le droit d’être là. On me pose plusieurs perfusions puis un masque pour m’endormir. Je me réveille à 19h30 en salle de réveil. Je lève la couverture pour voir mon ventre : il n’était plus gonflé et on m’avait mis une couche. Mes draps étaient pleins de sang. Les médicaments qu’on m’avait injecté m’avaient tellement assommée que je n’ai pas eu la force de demander à ce qu’on me change. Je ne sentais même pas mes membres. Je me suis rendormie et réveillée 1 heure plus tard. On m’a ramenée dans ma chambre pour que je mange et pour retirer mes perfusions. J’étais encore assommée par les médicaments et me suis rendormie jusqu’à 23h30. J’ai paniqué et j’ai tout de suite appelé ma mère pour lui dire que je rentrais et que j’avais mangé chez une cousine. Je savais qu’elle ne me croyait pas mais je voulais qu’elle ait de mes nouvelles car il était tard.


Je suis finalement sortie aux alentours de minuit, j’avais le vertige et j’étais tombée en chemin. L’emprise des médicaments était très forte et c’était très difficile à gérer. Je suis finalement arrivée à 1h à la maison et suis partie me coucher directement.

Le lendemain j’ai pu raconter tout ce qui s’est passé à ma sœur. Elle ne m’a pas jugée et c’était tout ce dont j’avais peur. Ça m’a beaucoup aidé car je n’avais pas de copine pour en parler et j’étais très affaiblie mentalement. J’ai pu, par la suite, parler de cette histoire à mes professeurs, mon éducatrice et quelques amies proches mais il m’a fallu des mois. Le mois de Février de l’année suivante a été très difficile psychologiquement car ça aurait dû être le mois d’accouchement. Je n’en ai toujours pas parlé au reste de ma famille car j’ai toujours peur du jugement presque 2 ans après. J’ai aujourd’hui un tatouage avec cette date mais ma famille ne l’a pas encore vu. Je pense que j’ai encore du travail à faire avant de leur en parler.

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La lettre Mama Lova

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